Le 2 juillet 1907 Ferenc Szisz au volant d’une Renault AK prend le départ du grand prix de l’ACF (F1 d’alors) à Dieppe. Il y avait dans le staff compétition de Renault, un mécanicien nommé Émile Rédélé. Il garda un très bon souvenir de la région et après la guerre, en 1918, il décida d’ouvrir une concession automobile et choisit Dieppe pour s’installer. Ensuite il se maria avec une dieppoise et de ce mariage naquit le 17 mai 1922 un fils prénommé Jean.
1946, Jean tout juste diplômé de HEC reprend le garage familial en ruine suite aux bombardements. Il devient le plus jeune concessionnaire Renault de France. Il n’y a pas que le garage qui était en ruine, l’industrie automobile l’était également. Il n’y avait presque plus de voitures sur les routes. Dès la sortie de la 4CV (1060) en 1948 Jean Rédélé commence à courir avec cette voiture de 17cv au début de sa commercialisation pour finir avec la 4CV compétition 1063 de 35cv. Il participe aux 24H du Mans et également à plusieurs rallyes qui traversent les Alpes.
Jean Rédélé n’avait pas reçu de formation d’ingénieur, mais il montrait d’une réelle compétence technique. Il avait compris que le poids était l’ennemi des performances.
En 1952, avec son ami Louis Pons, il acquiert les brevets qui concernent une boite de vitesses à cinq rapports « Claude ». Elle transforme complètement l’agilité de la 4 CV. Mais cette boite de vitesse ne suffit pas, il faudrait une carrosserie mieux profilée et légère pour gagner en vitesse. C’est Giovanni Michelotti, jeune styliste italien qui est en charge du projet avec le critère principal de garder la plateforme et la mécanique de la 4CV. La carrosserie sera réalisée en aluminium par les ateliers Allemano. Après son mariage avec Michelle Escoffier en décembre, il part en voyage de noces en Italie et rentre avec sa « Renault spéciale ». On la désigne également sous le nom de « 4CV spéciale » ou de « Rédélé spéciale ».
En 1953 il remporte la 4ème édition du rallie de Dieppe pour la première sortie en course de cette voiture. Il n’y a plus de trace de ce premier prototype. Les coûts de production de cette voiture sont hélas jugés trop élévés pour envisager une fabrication en série. Jean Rédélé demande à Michelotti de lui dessiner une seconde voiture. Il a vendu la licence de fabrication à Zak Reed, un riche industriel américain qui fabrique de bateaux en fibre de polyester.
En mars 1954, la société américaine Plasticar dévoile, sur son stand du Salon de New-York, la « The Marquis ». Des accords ont donc été conclus avec la société de Reed, Plasticar, qui doit produire les moules pour Jean Redélé en échange de la licence de production aux USA. La licence stipule que Jean Rédelé récupèrera un moule et l’outillage spécialisé pour fabriquer la même voiture en France, moyen astucieux pour éviter de passer par les banques afin d’obtenir le lourd investissement nécessaire à la fabrication en série de sa voiture. Réciproquement, il est prévu que Plasticar achète 150 chassis 4CV auprès de Renault en France. « The Marquis » a été retrouvée dans une grange et rappariée en France par Jean-Charles Rédélé.
L’épouse de Jean Rédélé, Michelle Escoffier, est la fille de Charles Escoffier, l’un des plus importants concessionnaires Renault de Paris. Son beau-frère, Gérard Escofier découvrent un prototype de « coach » sur la base de la 4CV, dessiné par Jean Gessalin et réalisé par ses oncles, les Chappe, initiateurs de la « carrosserie en plastique ». C’est un projet qui correspond aux envies de Jean Rédélé.
Jean Rédélé passa commande d’un troisième prototype, en demandant d’apporter quelques retouches par rapport à la version précédente. Cette voiture qui se distinguait en particulier par la présence d’un pare-brise panoramique et d’un avant démuni de chromes. Faute de pouvoir commercialiser sa propre voiture elle est vendue au rallyman et concessionnaire Renault de Grenoble, Jean-Claude Galtier, qui l’engagea sur les Mille Miles, épreuve qu’il remporta en 1955.
